Le fédéralisme belge. Enjeux institutionnels, acteurs socio-politiques et opinions publiques

Trois chercheurs belges, Régis Dandoy, Geoffroy Matagne et Caroline Van Wynsberghe viennent d’éditer Le fédéralisme belge. Enjeux institutionnels, acteurs socio-politiques et opinions publiques chez Academia-L’Harmattan. C’est l’occasion de leur poser trois questions.

1. Pourquoi avoir édité cet ouvrage ?

Nous sommes tous les trois chercheurs en science politique, mais également enseignants. Notre expérience nous a montré que, très souvent, les étudiants en science politique qui travaillent sur le fédéralisme en Belgique mobilisent des auteurs d’autres disciplines (droit, histoire, voire économie), mais très peu d’ouvrages politologiques. Nous souhaitions combler cette lacune, car les grands auteurs des études sur le fédéralisme en science politique gagnent à être mieux connus. Nous voulions également proposer une grille de lecture et d’analyse des décisions politiques dans le cadre des récentes réformes de l’État. Ce n’est certes pas un manuel, mais le premier public visé était celui des politologues (belges ou étrangers), des étudiants en science politique, et de toute personne informée et voulant comprendre les mécanismes politiques qui ont structuré notre système. Les crises politiques de 2007-2008 et de 2010-2011 ont, en effet, aiguisé la curiosité de nombreux citoyens qui souhaitent comprendre les causes de celles-ci et l’évolution politique et institutionnelle du pays.

2. Pourquoi avez-vous articulé l’ouvrage autour de trois grandes thématiques (enjeux institutionnels, acteurs socio-politiques et opinions publiques) ?

Afin de permettre une analyse politologique, nous avons fait le choix de débuter en posant les enjeux et défis du fédéralisme belge, c’est-à-dire en présentant les éléments de contexte, qu’ils soient problématiques ou non. À nouveau, il ne s’agissait pas de se substituer à un constitutionnaliste ou un spécialiste de droit public, mais bien de souligner les difficultés rencontrées ou qui risquent d’être rencontrées au niveau de la prise de décision politique.

Dans un deuxième temps, nous avons voulu étudier les acteurs du fédéralisme belge. Les partis et les élites politiques (parlementaires et ministres) étaient évidemment incontournables, mais nous ne pouvions faire l’économie des partenaires sociaux, étant donné leur rôle essentiel attribué progressivement par un mécanisme de décentralisation fonctionnelle. Aujourd’hui, la société civile – composée de nouveaux mouvements sociaux – prend également part à la décision politique. Certes non formellement comme les partis ou les syndicats, mais leur influence est sensible.

Enfin, il était crucial d’analyser l’opinion publique à propos de l’évolution de notre dispositif institutionnel. Et si l’on s’intéresse aux électeurs, nous ne pouvions passer à côté d’une de leurs sources d’information, les médias, d’autant que l’on sait que, comme le système partisan, le paysage médiatique est en réalité dédoublé : chaque communauté dispose de ses propres journaux, tout comme les partis politiques ne se présentent qu’auprès d’une seule communauté linguistique.

3. Comment cet ouvrage permet-il de comprendre les perspectives d’évolution de la Belgique fédérale ?

S’agissant d’un ouvrage de science politique, il pose les bases de l’analyse du système tel qu’il est ou devrait évoluer dans le cadre de la 6ème réforme de l’État. Nous ne nous risquons pas à l’exercice de la politique-fiction en imaginant un quelconque scénario d’avenir. Cependant, en ayant identifié d’emblée les éléments centrifuges ayant tendance à accélérer la dissociation du pays, mais également les freins à ce mouvement, nous mettons en évidence les forces et faiblesses du fédéralisme belge et ainsi les points qui pourraient s’avérer problématiques à l’avenir étant données les positions des différents acteurs. Le lecteur pourra alors envisager les directions que ces intervenants dans le jeu politique pourraient être susceptibles de suivre à l’avenir, ou à tout le moins ce qui devraient constituer des priorités pour les partis, mais également pour la société civile.

Quatrième de couverture :

Entre 2007 et 2011, la Belgique a connu deux périodes de crise politique. Après les élections de juin 2007, 194 jours ont été nécessaires pour former un gouvernement qui chuta sur le dossier de Bruxelles-Hal-Vilvorde. La crise politique qui suivit les élections anticipées de juin 2010 fut la plus longue de l’histoire du pays. Au terme d’une période de 541 jours sans gouvernement de plein exercice, la normalisation du fonctionnement institutionnel du pays reste dépendante de la mise en œuvre de l’accord institutionnel atteint en 2011 et des dynamiques bipolaires et centrifuges du fédéralisme belge.

Cet ouvrage propose des études consacrées aux enjeux institutionnels (première partie), aux acteurs socio-politiques (deuxième partie), aux médias et aux opinions publiques (deuxième partie) au cours de la période précédant le nouveau compromis institutionnel de 2011. Elles sont autant de clés pour comprendre les dynamiques qui ont conduit à cette nouvelle étape du fédéralisme belge et les perspectives d’évolution qui s’ouvrent aujourd’hui.

Présentation des auteurs :

Régis Dandoy est chercheur au NCCR Democracy et chargé de cours au département de science politique de l’University of Zurich.

Geoffroy Matagne est chercheur à la CAPAC/ULg et au GRAPAX et maître de conférences au Département de science politique de l’Université de Liège.

Caroline Van Wynsberghe est chercheuse au Centre de Science Politique et de Politique Comparée et maître de conférences à l’Université catholique de Louvain.

Cet ouvrage est édité dans la collection « Science politique » dirigée par l’Association belge de science politique – Communauté française de Belgique.

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